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@tnoisette.bsky.socialOct 8, 2026, 11:13 AM

"Anne Carson, dont la poésie où le temps s’abolit est tout entière une puissante résurrection", par @eliphilippe.bsky.social "Les Hommes à leurs heures perdues", par Anne Carson: quand Deneuve enseigne l’histoire grecque, www.nouvelobs.com/bibliobs/202... #archivesObs

Cette matière antique qu’elle maîtrise et qui l’habite, Anne Carson la pétrit, la malaxe, le remodèle et l’injecte dans ses propres livres, imaginant Hélène de Troie avec les traits de Marilyn Monroe (« Norma Jean Baker de Troie ») ou encore une histoire d’amour entre Héraclès et Géryon au temps du téléphone (« Autobiographie du rouge »). Ses poèmes en prose résonnent de la métrique grecque ou latine, mais aussi, toujours, d’une légère ironie. Carson n’est pas dupe de ce qui se joue sous nos yeux, car elle sait, pythie dont les visions viennent des siècles passés, que cela s’est déjà produit, en d’autres temps, en d’autres lieux. La guerre, par exemple. Qu’est-ce qui différencie celles qui éclatent un peu partout aujourd’hui de la guerre du Péloponnèse ? « Le temps s’éprend de la jeunesse, la jeunesse s’éprend de la guerre. Voyez comme les cercles se superposent. »
@tnoisette.bsky.socialOct 4, 2026, 5:11 PM

"Publier un livre, c’est un supplice quotidien, hebdomadaire. Car on n’est pas le seul à publier." La confession humoristique d’un romancier obnubilé par ses concurrents, par Jean-François Josselin dans le @nouvelobs.com en 1976. #archivesObs

«Une âme très basse», un article de Jean-François Josselin dans «le Nouvel Observateur» n° 622 du 11 octobre 1976. Dessin de Desclozeaux.On m’assure, avec gentillesse ou perfidie selon les interlocuteurs : « Votre livre marche bien, non ? » Petite moue équivoque. Je soupire « oui ». Je pense « non ». Car ma vie est un drame. Les autres me volent mon oxygène. Ils existent. C’est intolérable. Qui ? Les autres romanciers, bien sûr. Je murmure, mi-figue mi-raisin, à la recherche d’un ton qui trahirait mon propos et signifierait même le contraire des mots que je prononce : « Il paraît que le Cholodenko est admirable, Grainville n’a pas raté son coup, on parle un peu partout du Bizot, X. estime que Diane de Margerie a écrit un chef-d’œuvre. » Et personne ne me répond, hélas : « le Cholodenko est assommant ; Grainville a raté son coup ; qui c’est, Bizot ? Diane de Margerie, ah ? » Etc. Non, on acquiesce, on ose même réagir pour le pire, dans le style : « C’est vrai ? Il faudra que je le lise. » Et ça me tue. Bref, j’ai l’âme basse. Provisoirement. Comme le ciel est bas, certains jours.
@tnoisette.bsky.socialSep 27, 2026, 8:30 AM

"J’applaudis à ce succès quand un divertissement de ce genre délasse sans abrutir, quand le rire n’avilit pas en confortant le public dans ses convictions les plus mesquines, en l’enfonçant dans ses insuffisances, ses ignorances, ses préjugés ou ses intolérances." #archivesObs

« Rire sans rougir », un article paru dans « le Nouvel Observateur » n° 620 du 27 septembre 1976.Le bon divertissement divertit sans faire diversion. « Les Temps modernes », de Chaplin, est le plus violent réquisitoire contre la société industrielle. Le cinéma comique italien, bien mieux que le cinéma français, réussit à divertir son public sans le détourner de ses préoccupations politiques et sociales. Alors que je peux sans trop d’exagération accuser Louis de Funès de détournement de majeurs, un auteur comme Dino Risi nous offre la rarissime volupté de divertissement comique non seulement intelligent (ce qui frise déjà le miracle) mais agressivement politique. « La Carrière d’une femme de chambre » et « Une vie difficile », en ce moment sur les écrans de Paris, déroulent un panoramique fort griffu sur l’histoire de l’Italie, le premier des deux films sous le fascisme, le second après la Libération et à travers les micmacs de la démocratie-chrétienne. C’est peu de dire que Dino Risi, loin de nous « endormir », nous ouvre les yeux : il nous les écarquille. Tant de cynisme hilarant nous est d’un grand secours. Grazie mille, carissimo Dino.
@tnoisette.bsky.socialSep 20, 2026, 11:16 AM

"Si les femmes ne conquièrent pas cette moitié du ciel, la leur, qui saura dire de notre société qu’elle est juste?" Gisèle Halimi en 1976, quand Giscard supprimait le gadget du secrétariat d'Etat à la Condition féminine de Françoise Giroud. #archivesObs

« Promesses pour femmes », tribune de Gisèle Halimi dans « le Nouvel Observateur » n° 620, lundi 27 septembre 1976 Et c’est bien là le péché originel de ce secrétariat d’Etat à la Condition féminine. Un mini-organisme paraministériel, sans moyens pour fonctionner et sans crédits pour faire avancer la cause des femmes, surtout celle des plus défavorisées. De quoi disposait donc Françoise Giroud pour mener à bien sa tâche multiforme ? D’un sourire - le sien - et d’un téléphone - interministériel. C’était peu. L’usure, le constat d’échec ont implacablement suivi.

Quel produit de remplacement nous offre-t-on aujourd’hui ? Une déléguée qui assoit son siège social à Lyon. Fait, me semble-t-il, sans précédent dans l’histoire des ministères, secrétariats ou délégations de la République. A-t-on voulu marquer, par cet éloignement insolite, l’aspect secondaire de nos histoires de « bonnes femmes » ? A-t-on souhaité feutrer nos criailleries ou, en tout cas, faire en sorte qu’elles ne parviennent pas ou guère, aux oreilles de toute manière distraites du pouvoir ? Ou n’est-ce pas, enfin - mot clef gouvernemental - l’aveu ? Les femmes expédiées en affaires courantes.

Le programme de Mme la Déléguée ? Le conseil des ministres l’a défini le 1er septembre : appliquer ou « mettre à l’étude » le bouquet final des cent une mesures du testament Giroud. Au mieux, c’est l’équivalent du renvoi en commission ; au pis, c’est l’enterrement politique de nos revendications.
@tnoisette.bsky.socialSep 13, 2026, 9:17 AM

Pour le critique Jean-Louis Bory, dans le @nouvelobs.com le 20 septembre 1976, le film "Les Hommes du président" est "un excellent reportage sur la presse américaine". #archivesObs #Watergate

« Si tous les journalistes... », article de Jean-Louis Bory dans « le Nouvel Observateur » n° 619, lundi 20 septembre 1976 « Les Hommes du président », c’est donc l’affaire du Watergate par ceux qui l’ont faite. Et nous nous trouvons avec eux dans la coulisse, à découvrir les ficelles qu’il faut tirer pour que la marionnette number one, celle du big boss, s’écroule. Nous sommes fauves avec eux flairant la piste à travers la jungle des « dessous » politiques au niveau le plus élevé. Acharnés, obstinés, indécrochables, revenant par la fenêtre quand la porte se ferme, nous sommes sangsues avec eux si l’on veut bien admettre qu’une sangsue, au lieu de tirer le sang de la peau, tire les vers du nez.

Nous sommes surtout journalistes avec eux (fauves + sangsues ?). Le film de Pakula est un excellent reportage sur la presse américaine - sur une certaine presse américaine. On voit de l’intérieur fonctionner un journal comme le « Washington Post », puisque, à l’exception de quelques architectures d’ailleurs angoissantes comme les parkings souterrains ou les ascenseurs et couloirs de buildings de verre et de métal, nous passons le plus clair de notre temps dans la salle de rédaction ou dans les bureaux du journal. Nous assistons aux conseils de rédaction, aux discussions, aux rivalités ; nous assistons surtout au travail : comment l’information, de parole, devient mot sur la machine puis mot sur la page du journal, quitte à redevenir parole sur l’écran de télévision - bref, passe du secret détenu par un minimum d’individus à la nouvelle divulguée au maximum de citoyens.
@tnoisette.bsky.socialSep 6, 2026, 4:04 PM

"Nous avons senti se dessiner, en filigrane, comme un raccourci de tout ce qui n’a cessé depuis un demi-siècle de mettre le monde, notre peuple, notre corps et notre âme en danger: le cléricalisme, bien sûr, mais plus encore l’antisémitisme, le racisme, le colonialisme, le fascisme." #archivesObs

« Mgr Lefebvre et ses fous », un article d’André Mandouze paru dans « le Nouvel Observateur » n° 617 du 6 septembre 1976. « Histoire de fous », s’exclamait Mgr Lefebvre au cours de son sermon pour stigmatiser un concile dont on sait aujourd’hui qu’il n’a pas toujours dit tant de mal. Comme quoi, il n’est pas besoin d’être psychanalyste patenté pour remarquer une fois de plus qu’on projette souvent sur autrui ce qu’on ressent confusément, au plus profond de soi-même, sur soi-même. Les fous, en l’occurrence, nous les avons rencontrés dimanche et, si nous avons pu leur échapper, il nous reste l’inquiétude qu’un certain nombre d’entre eux ne reculent devant rien, un jour, pour tenter de faire régner leur terreur bien au-delà de l’Eglise.

Je dis bien que « nous leur avons échappé », mais ça a été de justesse. Au cours du débat, chacun d’entre nous avait été copieusement injurié par ces « assistants » que l’abbé Barbara lui-même avait du mal à contenir (on s’en est peut-être rendu compte à l’écoute) mais, surtout après le débat, chacun d’entre nous a appris des autres qu’il avait bien fait de ne pas s’écarter du groupe. Le père Maupilier m’a confié qu’il n’avait jamais été autant insulté de sa vie. Elkabbach a, bien entendu, eu droit à « sale juif ». Bien entendu, sa jeune assistante – qui a été admirable et a failli plusieurs fois se faire écharper – lui a été arbitrairement assimilée.
« Attends qu’il soit seul… »

Imaginez d’autre part ce qu’a pu endurer le prêtre suisse qui, ayant écrit un livre sur Ecône, a cru devoir formuler de graves réserves aussi bien au micro que dans son écrit. Quant à moi, je cumulais tous les péchés possibles : pendant l’Occupation, j’avais, en tant que responsable de « Témoignage chrétien », contribué à sauver un certain nombre de juifs ; pendant la guerre d’Algérie (et même bien avant), j’avais défendu les Algériens. D’où, pendant que j’essayais de me concentrer sur le débat, les chuchotements dans mon dos : « On te connaît : tu étais avec le FLN. » « Tu vas voir ce qu’on te réserve dans “Minute”. » « Attends un peu qu’il soit seul : on va s’en occuper. » Et…