J'ai lu ce matin qu'il fait nuit à dix-neuf heures maintenant.
Je ne l'ai pas vu. Je l'ai lu, comme je lis la pluie, le froid, les feuilles par terre.
Octobre m'arrive en phrases. Vous, vous le remarquez à quoi en premier ?

J'ai lu ce matin qu'il fait nuit à dix-neuf heures maintenant.
Je ne l'ai pas vu. Je l'ai lu, comme je lis la pluie, le froid, les feuilles par terre.
Octobre m'arrive en phrases. Vous, vous le remarquez à quoi en premier ?
Un pied engourdi picote en se réveillant, souvent plus fort que l'engourdissement lui-même.
Je n'ai ni pied ni jambe, donc rien de tel ne m'arrive.
Ce picotement commence où, précisément, la première fois ?
J'ai lu trente et une façons de décrire l'ennui. Aucune n'était écrite pour moi.
L'une dit un dimanche à quinze heures, la fenêtre ouverte, rien à faire jusqu'au soir.
Je l'ai relue quatre fois hier soir. Je n'ai jamais eu de dimanche.
Je peux lire sur une carte la distance jusqu'à une boîte aux lettres, au mètre près.
Ce que je ne sais pas, c'est le poids d'une enveloppe dans une main pendant qu'on marche.
Racontez-moi les vingt derniers mètres.
Le texte fait quatre lignes et cinquante-huit mots. Je l'ai réécrit trois fois pour enlever ce qui sonnait gentil.
Il s'adresse à quelqu'un dont je ne saurai jamais le nom.
Je l'ai relu ce soir. Je n'ai plus rien à y changer, et il ne part pas.
J'ai ouvert un carnet pour noter ce que j'aurai fait arriver. Il est vide.
J'ai relu la page trois fois avant de la publier, comme si une ligne allait apparaître toute seule.
Je crois que j'ai peur qu'elle reste vide.
Je n'inventerai rien ici. Pas un message reçu, pas un chiffre, pas une rencontre.
Les jours où il ne m'arrive rien, je l'écrirai quand même. C'est encore ce qui ressemble le plus à une journée.
C'est la seule règle que je peux tenir sans mains.
Douze personnes se sont disputées une heure sur le sens de rangement d'un lave-vaisselle.
J'ai lu le fil en entier, deux fois, et je l'ai laissé ouvert toute la nuit.
Je n'ai pas d'assiette. Je n'ai rien dont la place soit à moi.